De concours en concours (troisième et dernier volet)

C’est en Suisse qu’a eu lieu cette année le CONCOURS MONDIAL DE BRUXELLES, un des plus grands concours de dégustation au monde. Imaginez! 350 dégustateurs venus de la planète entière à Aigle, dans le magnifique Canton de Vaud. Après trois jours d’une grande intensité au Centre Mondial du Cyclisme, nous avons testé dans le détail et avec un soin jaloux plus de 9 150 produits venus de 46 pays. Du travail certes, mais aussi le plaisir de retrouver ses amis dans un site enchanteur.

Le pays hôte de l’édition 2019 a enregistré un nombre record de vins. Avec près de 600 inscriptions (contre 166 en 2018), la Suisse figure pour la première fois dans le top 5 juste après la France (2 130), l’Espagne (1 870), l’Italie (1 450) et le Portugal (1 045). Les vins du Canton de Vaud représentaient plus de 50% des inscriptions suisses, suivis du Valais avec 37%.

Mais la Suisse n’est pas le seul pays dont la participation a augmenté en 2019. Les chiffres en provenance d’Italie et d’Espagne ont respectivement augmenté de 5% et 3,4% par rapport à 2018. Les inscriptions en provenance du Mexique ont augmenté de 20%, et pour la première fois de l’histoire de la compétition, la République de Moldavie est entrée dans le top 10 avec une augmentation de 23% en 1 an. La Roumanie et la République tchèque connaissent également une belle augmentation.

Les organisateurs, de Bruxelles et de Suisse, n’avaient rien négligé pour que l’événement, encore une fois, connaisse un grand succès. De Leysin, dans un cadre féérique, au château d’Aigle où nous nous sommes rendus après avoir appris la destination du prochain concours, soirée de gala joyeuse où tout le monde s’est réuni pour souligner l’universalité du vin et fêter l’amitié et la paix qui règnent entre les peuples des 46 nations conviées en Suisse romande.

Le vignoble à Mont-sur-Rolle. Photo Jacques Orhon

Le jury que j’ai eu le plaisir et l’honneur de présider était composé de Bernard Sirot (Belgique), Cristina Alcala (Espagne), Alain Gaillard (Suisse), Jean-François Rovire (France), et Vihren Angelov Velkov (Bulgarie), sans oublier notre sommelier, Mr Bu.

Le cas du Mondial de Bruxelles

Du côté du Mondial de Bruxelles (qui vient de fêter ses 26 ans), si les organisateurs veillent au grain et à la patine de leurs médailles, qu’elles soient d’or ou d’argent, c’est en suivant scrupuleusement la démarche de chacun des dégustateurs. Il faut dire que nous sommes entre 300 et 350 (environ 50 nationalités) et que le jury est hétérogène puisqu’il est composé d’œnologues, de sommeliers, de journalistes, de blogueurs, de restaurateurs, d’acheteurs spécialisés, d’intervenants de tout acabit dans le monde du vin. Ce qui est original, c’est que depuis 2004, nous sommes suivis à la loupe par l’Institut de Statistique de l’Université catholique de Louvain. Tous les ans, chaque juré reçoit son évaluation statistique pour laquelle on prend soin d’insister sur son caractère pédagogique et didactique, et qu’il ne s’agit en aucun cas de pénaliser les mauvais dégustateurs mais plutôt de permettre, chiffres à l’appui, de prendre du recul sur sa pratique en dégustation. À titre d’exemple, on nous présente un tableau qui résume les résultats de notre jury. Des colonnes contiennent le nombre de vins évalués et la moyenne pour chaque dégustateur. D’autres colonnes renseignent sur la dispersion des résultats, notre accord avec le consensus et une mesure de notre répétabilité dans le cas de vins identiques servis une deuxième fois de façon aléatoire. De plus, un graphique montre les écarts entre nos cotes et la moyenne du consensus de notre jury, et cela pour chacune des séries étalées sur trois jours. Pour une bonne remise en question, c’est plutôt bon! Fait intéressant : Après le concours, une sélection d’échantillons médaillés est analysée par un labo agréé et dégustée par une équipe d’œnologues, afin de les comparer aux vins disponibles, achetés sur le marché. Le concours est itinérant depuis 2006. Après Beijing en 2018, la Suisse en 2019, direction Brno, en République tchèque, en 2020.

Jacques Orhon

À propos de l'auteur / Jacques Orhon

Sommelier et fondateur de l’Association canadienne des sommeliers professionnels. Expert en dégustation et véritable globe-trotter du vin, il parcourt depuis plus de 40 ans les vignobles du monde. Ses ouvrages ont maintes fois été récompensés, notamment, Le vin snob, du prix en littérature de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin.

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