De concours en concours

(Premier volet)

Un environnement particulier

Contrairement à ce qui se pratique à la maison, dans un laboratoire, dans une classe de dégustation ou dans un comité de rédaction pour un magazine, la réalité de la dégustation est bien différente dans les concours internationaux. À partir d’une grille, pointue pour certains et pas assez pour d’autres, les notes des jurés ne sont pas une finalité puisque jamais publiées, mais servent à établir un palmarès qui se décline habituellement en médailles, des vraies la plupart du temps, parfois hélas, en chocolat, dans certaines organisations.

En général, la fiche utilisée est reconnue internationalement, et arrive avec le temps, après moult mises au point, à faire une relative unanimité. Il va sans dire que toutes ces dégustations se font de manière anonyme. Contrairement aux notes dans les guides, l’approche est collégiale le plus souvent, puisque l’on garde une moyenne qui se veut le reflet de l’ensemble du groupe. Dans plusieurs règlements, on respecte les prises de position éloignées, positives ou négatives, dans d’autres on les annule tout simplement.

Cela dit, la difficulté pour les organisateurs est de trouver des jurés qui soient à la hauteur de la situation, sachant qu’il est difficile de s’exprimer sur des vins que l’on ne connaît pas. Parfois, dans certaines petites structures, disons qu’au royaume des aveugles, les borgnes sont rois… Mais les concours sérieux ne distribuent pas de médailles juste pour le plaisir d’en distribuer et satisfaire tout le monde, loin de là. Les concours auxquels je participe en tant que membre du jury prennent les leurs à cœur, sinon je n’y participerais pas. La raison de leur succès : une logistique sans faille, et les fameuses récompenses qui deviennent un argument commercial et un outil promotionnel avec beaucoup d’impact sur les ventes.

Premier concours cette année auquel j’ai participé, MUNDUS VINI a offert encore une fois, une organisation sans faille. Celui-ci se tient en Allemagne, dans le Palatinat, à Neustadt, à une heure de Francfort. Pour cette édition du printemps, 7 200 vins ont été analysés scrupuleusement, à une cadence d’environ 50 échantillons chaque matin. En ordre décroissant sur 46 pays, les 10 les plus représentés étaient l’Italie, l’Espagne, la France, le Portugal, l’Allemagne, l’Autriche, l’Australie, l’Afrique du Sud, la Grèce et la Moldavie. Pour notre part, nous avons terminé en beauté avec une série de touriga nacional (le grand cépage du porto) des régions du Dão et de Bairrada. En marge de l’événement, soirée effervescente avec des vins allemands en méthode traditionnelle d’excellente qualité.

Dans le cas des VINALIES INTERNATIONALES à Paris (créé en 1995 et organisé par l’Union des œnologues de France), le jury est d’une certaine importance, mais assez homogène puisque composé principalement d’œnologues qui président en outre chacun des jurys. La mission confiée à ces derniers, composés de 5 ou 7 professionnels, est d’accorder à chaque échantillon une notation (suivant un système informatisé) accompagnée de commentaires de dégustation rédigés en temps réel. Après des analyses individuelles, le président de table les relève, et si besoin est, un débat s’instaure pour aboutir à un consensus général, le tout dans la perspective d’une publication annuelle d’un guide intitulé 1000 Vins du Monde. Le concours des Vinalies Internationales est certifié ISO 9001 (1).

Et une fois de plus, ce fut un succès sur toute la ligne à l’occasion de cette 25e édition de ce concours ultra sérieux. 3 400 échantillons venus de 45 nations et dégustés en 5 jours par 140 jurés venus de 35 pays et répartis en plusieurs jurys, tous présidés par un membre de l’union française. En ordre décroissant, les 10 pays les plus représentés étaient la France, l’Espagne, la Slovaquie, le Portugal, la Suisse, la République tchèque, l’Italie, l’Argentine, la Roumanie et le Chili. Si le travail est ardu chaque matin, tout se passe dans le meilleur des mondes et dans une ambiance studieuse mais qui prépare, dès le lunch, aux activités du soir. Soirée dansante et rythmée, visite à l’Atelier des Lumières pour admirer les œuvres de Van Gogh et paulée (2) mémorable à La Coupole, avant une soirée Rôtisserie dans le quartier des Halles. Enfin, annonce des résultats dans le cadre feutré du Bristol avec la superbe cuisine trois étoiles signée Éric Fréchon.

Un des salons du Bristol à Paris – Photo : Jacques Orhon

(1)ISO 9001 est une norme qui établit les exigences relatives à un système de management de la qualité.

(2)La paulée est une fête qui marque la fin des vendanges.

Jacques Orhon

À propos de l'auteur / Jacques Orhon

Sommelier et fondateur de l’Association canadienne des sommeliers professionnels. Expert en dégustation et véritable globe-trotter du vin, il parcourt depuis plus de 40 ans les vignobles du monde. Ses ouvrages ont maintes fois été récompensés, notamment, Le vin snob, du prix en littérature de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin.

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