Port de signes belliqueux

Les imbéciles heureux seront contents! La loi 21 va être votée. Oui elle le sera probablement et d’aucuns crient déjà victoire.

Cette décision collective de la moitié seulement de la population du Québec de restreindre désormais le port des signes religieux dans x, y, ou z circonstances évolutives, malgré les exceptions, dérogations ou clause nonobstant, marque au fer rouge le sein d’une société déjà pas très sûre d’elle-même. C’est le lâcher des haines officielles, justifiées, non condamnables.

Deux mouvements d’équivalente ampleur s’opposent sur ce sujet. Il n’y a donc pas lieu de crier victoire ni d’un côté ni de l’autre. Nous avons tous à y perde. Ce vote, qui n’est pas un référendum, n’est pas non plus un signe d’autonomie d’un pays qui se veut en devenir. C’est un pis-aller pour les déçus de l’indépendance qui veulent tout de même montrer leurs muscles sur une machine plus facile et une cible plus tendre.

Des penseurs-historiens nous expliquent que le peuple québécois fait de l’urticaire quand on parle religion. Il faut donc le comprendre, l’excuser et s’apitoyer par compassion: «Mon grand-père ceci, ma grand-mère cela, tout ce qu’ils ont souffert ne doit pas être oublié», psychanalyse d’une société et devoir de mémoire devant l’autel. Au nom du passé, on se doit alors d’en faire baver aux religieux par peur d’un retour en arrière, voire d’un grand remplacement. Par un esprit revanchard aussi. On confond allègrement port de signes religieux et port de signes belliqueux, puis la peur s’invite inévitablement dans le débat. Ne voit-on pas dans telle ou telle région du monde des exactions commises au nom de la foi? Et la petite loi21 de se gonfler dans les esprits comme la grenouille du bœuf de La Fontaine, car on va tout régler avec cette victoire-là.

Victoire de qui?

Victoire sur quoi?

Les dommages collatéraux commencent à débouler. Non seulement la société québécoise est taxée de xénophobie dans son ensemble, selon le principe mathématique qui fait de la moitié d’une poire un fruit entier, mais aussi des groupes d’amis se disloquent déjà et ce sujet de conversation devient tabou si on veut passer une soirée sympa.

Quand la maîtresse autorise les bagarres dans la cour d’école, c’est la foire d’empoigne. Les plus virulents s’en donnent à cœur joie, les plus sages regrettent le temps où quelques échauffourées passaient inaperçues.

Annie Depont

À propos de l'auteur / Annie Depont

Parisienne installée au Québec depuis 2000. Peintre, Agente d’artistes, Organisatrice d’événements, Créatrice de l’En Verre du décor et céramiques, Les Sculpturales de Saint-Sauveur, Expo-culture Japon Québec, les Sainte-Saveurs de Saint-Sauveur, TracesMagazine, Directrice de La Semaine des Artisans de Laval. Journaliste très indépendante.

Facebook Instagram

Un commentaire

  • Patrice

    Un imbécile heureux propose à des personnes très intelligentes, notamment l’auteur de cet article, de lire cet opuscule dun autre imbécile heureux: «Penser l’Islam» de Michel Onfray, aux éditions Grasset, côte BanQ: 32002522410339 dont tout le monde sait que c’est un pauvre inculte. Lui au moins, comme l’imbécile heureux qui écrit ce commentaire, il a lu le Coran.

On veut vous entendre :)