L’école à la maison

Le ministre Roberge resserre la réglementation sur l’école maison pour soi-disant contrer les écoles religieuses illégales. Pourtant ce sont une majorité de familles allumées et pleines de bonne volonté qui seront pénalisées. Je le sais, j’en ai côtoyé durant sept ans.

Après plusieurs années d’école à la maison, mes filles vont maintenant à la poly. On a tenu notre bout pour qu’elles ne fassent pas les examens. Et je suis très heureuse qu’on se soit sauvé de ça, malgré l’énergie que nous a demandée la justification de nos refus de se présenter aux séances d’évaluation. L’apprentissage n’était pas influencé par ce qu’il fallait pondre dans un examen. C’était plutôt régi par notre soif d’apprendre, c’était souvent partagé et enrichi avec d’autres familles. En plus de parfaire nos connaissances dans les matières de base, on a pratiqué des heures et des heures de musique, joué à des jeux de société, on est sortis au théâtre, au musée, dans la nature, on a fait du sport à volonté, on a visité nos grand-mères, fait du bénévolat, rencontré des professionnels, soigné des animaux, rencontré une diversité de familles qui nous ressemblent et d’autres parfaitement différentes et j’en passe. Pour le ratio, c’est imbattable, on est loin des classes 15 à 30 élèves en quête de soutien. Les familles créent des liens, les amis sont de tous âges et non compartimentés en année de naissance.

Maintenant que mes ados vont à l’école, qu’elles se sont magnifiquement intégrées, elles sont assez matures pour comprendre la game et jouer le jeu. Elles sont conscientes de ce qu’elles vont chercher à l’école et de ce qui, malheureusement, n’est pas adéquat. Elles sont critiques et tant mieux. Elles sont tristes aussi de côtoyer des jeunes et des adultes souvent blasés. Elles ont la chance de ne pas être écœurées de ce système, grâce à l’école maison qui leur a épargné quelques années. Elles ont envie de vraiment comprendre et apprendre, malgré les rabat-joie: «C’est pas dans le programme pour cette année, tu verras ça l’an prochain.» Je ne blâme pas les profs qui subissent un stress énorme à faire passer la matière, avec des moyens assez pauvres, pour que les élèves réussissent.

Et réussissent quoi au juste? Comme en parlait justement Caroline Mayrand sur sa page Facebook, une maman engagée pour les familles d’école maison, c’est la relation humaine et l’amour de l’apprentissage qui priment pour nos enfants. Et je dois dire qu’il faut qu’on travaille fort pour garder ça sain en côtoyant ce système défaillant sur ces aspects.

Ce n’est pas l’école à la maison qui doit se mouler sur le système des écoles au Québec, mais bien le système qui doit s’inspirer des familles qui veulent le meilleur pour leurs enfants, qui croient le plus au plein potentiel de leur progéniture. Ce sont ces familles que j’ai côtoyées durant nos merveilleuses années d’école à la maison. Inspirantes familles! M.Roberge, de grâce, ne gâchez pas la spontanéité de l’apprenant en lui imposant des examens.

Mélanie Chartrand

À propos de l'auteur / Mélanie Chartrand

Éducatrice en petite enfance, Mélanie Chartrand est mère de deux adolescentes qui fréquentent maintenant la polyvalente après plusieurs années d'école à la maison. Passionnée par l'éducation, soucieuse de se perfectionner et d'évoluer en tant que personne, elle retourne aux études en 2017 et obtient un certificat en soutien pédagogique en milieu de garde (UQAM). Elle travaille depuis plus de vingt ans auprès des 0-5 ans, une clientèle qu'elle connaît bien puisque c'est la garde en milieu familial qu'elle privilégie avec la richesse du multiâge. Elle prend la vie avec philosophie. Artiste dans l'âme, elle s'adonne à la peinture dans ses temps libres et s'intéresse de plus en plus au domaine de l'art visuel.

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