Les poètes disparus

Dans cette section, je souhaite renouer avec la tradition des grands textes et poèmes de la langue française, ceux qui ont accompagné nos études, ces pièces de patrimoine immenses qui ont traversé les âges, mais que l’on a tendance à oublier aujourd’hui, tout préoccupés que nous sommes à découvrir de nouvelles formes de poésie et de nouveaux talents.

J’espère que vous goûterez comme moi la musique de ces mots, la profondeur de ces images, les souvenirs qui s’y rattachent. Exactement comme on apprécie une pièce de Beethoven ou de Mozart.

Voici pour commencer celui que je considère le plus beau de tous:

Le vase brisé

Le vase où meurt cette verveine
D’un coup d’éventail fut fêlé
Le coup dut l’effleurer à peine
Aucun bruit ne l’a révélé.

Mais la légère meurtrissure
Mordant le cristal chaque jour
D’une marche invisible et sûre
En a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte à goutte
Le suc des fleurs s’est épuisé
Personne encore ne s’en doute
N’y touchez pas, il est brisé.

Souvent aussi la main qu’on aime
Effleurant le coeur le meurtrit,
Puis le coeur se fend de lui-même
La Fleur de son amour périt.

Toujours intact aux yeux du monde
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde
Il est brisé, n’y touchez pas

–Sully Prudhomme


Sully Prudhomme fut le premier lauréat du prix Nobel de littérature en 1901. Il était membre de l’Académie française.

Annie Depont

À propos de l'auteur / Annie Depont

Parisienne installée au Québec depuis 2000. Peintre, Agente d’artistes, Organisatrice d’événements, Créatrice de l’En Verre du décor et céramiques, Les Sculpturales de Saint-Sauveur, Expo-culture Japon Québec, les Sainte-Saveurs de Saint-Sauveur, TracesMagazine, Directrice de La Semaine des Artisans de Laval. Journaliste très indépendante.

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