Long statut sur le métier de travailleuse culturelle. C’est dimanche, on a le temps.

Cette semaine a été une bonne semaine car c’était l’aboutissement positif d’une période de trois mois plutôt difficile. J’ai finalement eu gain de cause à la Commission des normes du travail et ma demande d’assurance-emploi a donc aussi été révisée en ma faveur.

Donc, trois mois où encore une fois j’ai eu recours au soutien de mes proches et abusé du crédit. La routine pour plusieurs.

Je me suis battue parce que je n’avais pas vraiment le choix, mais aussi parce que je m’étais laissé dire qu’il ne sert à rien d’être honnête, que les gens honnêtes se font toujours avoir. Ça m’a choquée dans mes valeurs et j’avais besoin de me prouver, au moins à moi, que les gens honnêtes parfois se font abuser, certes, mais qu’ils peuvent aussi se défendre et parfois même gagner. De plus, n’avais-je pas droit aux mêmes protections que n’importe quel travailleur d’une autre industrie?

Ce que j’ai réalisé à travers tout ça, c’est que je suis une cordonnière bien mal chaussée. Que régulièrement, je reproche aux artistes qui viennent chercher conseil de travailler sans entente claire, sans contrat écrit et dans des conditions souvent peu favorables à leur succès, ni même à leur bonheur en général.

Les travailleurs et travailleuses culturels qui se vouent à amener jusqu’à vous le travail des artistes sont trop nombreux et nombreuses aussi à travailler sans compter les heures, à se faire demander de rentrer pendant leurs journées de congé, se faire téléphoner chez eux le matin ou le soir, à gérer des communautés sept jours sur sept, à ne pas prendre de vacances, à renoncer à certains droits élémentaires donnés aux travailleurs. À travailler sans contrat clair, comme je l’ai fait. Parce que tsé, on est tous ensemble là-dedans. Tu dois faire un effort, sinon quelqu’un d’autre aimerait bien avoir ta place. Nous acceptons des emplois précaires, souvent mal payés où on nous demande deux bacs, cinquante compétences et l’expérience qu’il nous prendrait trois vies à accumuler et on se surprend de nous voir arriver à l’entrevue âgée de 54 ans. Pire, un emploi sur deux exige d’être éligible à une subvention salariale dans le but d’accéder à un faramineux 12,50$/h pour quelques mois…. Dans ces conditions, beaucoup se brûlent ou se découragent et abandonnent. Cela dit, ce n’est pas partout que c’est comme ça et les grosses boîtes qui ont un peu plus d’argent s’en tirent souvent mieux à garder leurs employés heureux. Car c’est bien l’argent qui manque et non la bonne volonté. Et nous sommes tous et toutes passionnés par notre métier.

Un ami artiste se posait la question à un moment donné, à savoir si le Québec avait les moyens de soutenir la création artistique en arts visuels. Si le revenu annuel moyen d’un artiste est de moins de 10 000 $, est-ce qu’on peut espérer qu’il y consacrera toute son énergie, qu’il ne devra pas plutôt occuper une bonne partie de son temps à un revenu alimentaire? Est-ce qu’on pourra s’attendre à ce qu’il pousse sa démarche encore plus loin, assez loin pour être singulière? La question est légitime.

Au Québec, nous sommes très fiers de notre culture, mais que faisons-nous concrètement pour la soutenir? Ce n’est pas juste une question de subventions, mais aussi une question d’intérêt et de soutien que tous et chacun pouvons offrir. Voir l’art visuel comme plus que de la décoration. Un moyen de réfléchir à qui nous sommes, d’où nous venons, où nous allons. Un moyen de susciter des émotions et des réflexions que nous partageons ensemble à la rencontre d’une œuvre et de son artiste.

Si vous en avez la chance, allez donc visiter une petite galerie ou un atelier d’artiste prochainement. Ça vaut le coup. Permettez-vous cette rencontre. Posez des questions. Emmenez-y vos jeunes.

Je vous laisse ici car je termine mon xième diplôme dans deux semaines et je dois étudier.

France Cantin

À propos de l'auteur / France Cantin

Travailleuse culturelle, agente d’artistes célèbres, France Cantin est une femme exquise, que j’ai rencontrée lorsque j’ai eu le plaisir d’interviewer Zilon. Très occupée par ses études et son agence, elle m’a autorisée à publier un texte posté il y a quelques jours sur son compte FB. (Annie Depont) Agence France Cantin Services à la carte aux artistes Coaching et consultations en personne ou en ligne Rédaction (démarche artistique, cv artistique, communiqués) Organisation d'expositions et d'événements artistiques Tarification horaire, forfaits disponibles. Pour renseignements et pour prendre rendez-vous : France Cantin cantin.france@gmail.com

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