Sur la route du Ironman 70.3…la voie du juste milieu


«Le violon ne peut jouer que dans la mesure où ses cordes sont justes…trop serrées, elles cassent, trop détendues, elles ne jouent pas.»

Dans ma description personnelle, j’ai écrit: «…je cultive la voie du juste milieu…». Je réalise aujourd’hui que c’est vrai. Dans certaines sphères, oui. Dans d’autres aspects de ma vie, cependant, je me frotte encore aux extrêmes… tout particulièrement dans la performance et le sport. La compétition. Dans tout ce qui est de l’ordre du physique et de l’action, j’ai deux vitesses, full intense ou en totale inertie. Autrement, toutes choses étant égales par ailleurs, j’apprends toujours…

Cette voie du juste milieu…

Depuis mon dernier récit, j’ai eu le temps de réfléchir…Blessure obligeant, j’ai surtout dû réfléchir…à beaucoup de choses présentement dans ma vie, mais surtout à mon approche…à ma perspective…à ma relation avec la performance, et donc à l’entraînement. Et, à ce tracé modéré du milieu que je recherche ? Voyons voir…

Dans l’activité physique, j’ai souvent l’impression d’avoir un seul programme qui s’applique par défaut (genre un «default program»), comme un automatisme irréfléchi et inconscient qui s’opère…ce pilote automatique, celui qui dirige l’avion quand le pilote sort de son cockpit. Pas très rassurant, n’est-ce pas? Noooon…

Et, je médite toujours…

Toute cette réflexion m’a surtout fait réaliser que la voie du juste milieu se situe pile-poil entre les extrêmes… L’évidence qui crève les yeux vous dites?! ouep…,mais quand on a les yeux fermés, c’est plus difficile à crever.

Est-ce une fine ligne, un large tracé? J’imagine plutôt un étroit corridor de «milieu-titude» où il est sécuritaire de circuler…mmmm…aucune adrénaline en vue, aucune excitation?! Aaaaah, voilà. Peut-être une première pièce du puzzle…

…un peu de ski avec tout ça?

Chacun a sa voie, donc aussi sa voie du juste milieu. En cette saison d’hiver, cela me fait penser aux tracés de ski que chacun dessine sur la neige des pentes. Certains tracés sont étroits et d’autres plus larges, mes sillons sont larges et dans la même mesure, j’imagine, aussi mes extrêmes…

Dans l’entraînement présentement c’est la même chose. J’ai choisi d’aller jouer dehors en ski pour me développer des pattes solides plutôt que mouliner sur mon vélo entre quatre murs. J’utilise cette comparaison avec le ski parce que j’apprends le ski alpin présentement. Ça demande plus d’efforts, plus d’énergie, c’est excitant, et c’est justement parfait comme entraînement. Il y a une progression à suivre; c’est essentiel dans tout processus d’apprentissage.

Quand on apprend à skier, on nous apprend à tracer large. C’est ce que je fais, sur la neige, tout comme, on dirait, dans mes disciplines… Sur la neige, c’est pour contrôler ma vitesse, dans l’entraînement ça reflète l’extrême de mon enthousiasme et de ma détermination. Si j’appliquais la vitesse générée par mes larges sillons lents tracés sur la neige, je serais aujourd’hui en bien meilleure posture dans mon entraînement!

Voici le tableau de mon entraînement depuis le début en novembre jusqu’en janvier peu après Noël. J’étais si excitée et enthousiasmée par mon but, que j’en ai oublié qu’il en était un d’endurance et de constance. J’ai dépassé mes limites déjà bien au début. J’étais si fière de pouvoir carburer fort dans chaque entraînement, dans chaque discipline, que j’ai oublié qu’il me serait impossible de durer 6 mois de plus au même rythme…160-180 bpm* pendant plus d’une heure chaque jour !… Je réalise que c’est peu, sinon pas du tout probable.

Il faut aussi comptabiliser le fait que, dans ma vie professionnelle, j’utilise mon corps quotidiennement, et aussi avec une certaine intensité. J’enseigne le yoga parfois 5 heures par jour, et certains de ces cours requièrent une démonstration simultanée et continue, en parlant constamment…ça aussi c’est intense. (Pour ceux/celles qui s’y connaissent, j’enseigne souvent du flow.) J’ai fait abstraction de ce facteur alors que je devais l’inclure. Et, comme un coach me l’a fait comprendre (avec ses gros yeux) , ça constitue déjà une bonne portion de mon entraînement…

À 14 ans, toute cette charge et cette intensité, ça pouvait marcher…passé 40 ans, ça ne peut durer… résultat : le corps stoppe et le sentiment de dépression s’installe, presto ! C’est littéralement un sentiment de léthargie qui s’invite pour aussi longtemps que le corps a besoin pour se rétablir…et surprise, toutes les vieilles blessures guéries avec autant de patience et de bienveillance refont surface…épaule, dos, jambes…

Voilà sur quoi méditer. Et c’est ce que je fais. Aujourd’hui, j’utilise cette nouvelle corrélation avec le ski pour contrôler ma vitesse…cette fois-ci, c’est plutôt dans ma progression à l’entraînement !

L’apprentissage…ça aussi c’est ma route

Voilà une belle étape. Surtout, voilà l’apprentissage d’une merveilleuse première leçon d’humilité. Je dis merveilleuse parce qu’une leçon apprise peut s’appliquer sur l’ensemble d’une vie…Sagesse s’invite.

J’enseigne le bien-être parce que je sais, je connais… je suis passée par le chemin difficile du mal-être vers le bien-être avec patience et aussi détermination… comment ai-je pu manquer?… Mon caractère? Ma personnalité ?… Mes vieux patterns ?… Oui, tout ça!

J’ai des coaches maintenant. Mais avant que je choisisse officiellement chaque coach pour chaque discipline, j’ai commencé l’entraînement… lequel ? Le mien ! Tête dure ?… Absolument !… mais heureusement, pas tout le temps

Mon coach de vélo, comme mon coach de nutrition/natation m’ont dit : «les coaches sont plus souvent là pour arrêter un athlète de se brûler que pour lui dire de s’entraîner»…ah bien!?! Voilà. J’ai toujours l’impression d’être en compétition, même à l’entraînement. Avec moi-même ? Oui justement. Me voilà encore prise dans le piège de la performance à l’entraînement. Je souhaite aller à la rencontre de moi-même, et non contre moi-même. Il me reste du chemin à faire…

J’ai toujours été disciplinée en sport et en entraînement mais toujours trop intense pour mon bien…en voilà la preuve. J’ai toujours dit que l’entraînement ça me connaît mais je dois admettre que je ne connais rien à l’entraînement finalement…du moins pas celui d’endurance. Je donne toujours 100 %… parfois plus. On m’a dit pour l’endurance, l’entraînement c’est du 50 %, du 70 %, du….?! Sérieux ?!…Eh ben oui. Quand j’y pense, j’avoue que ça fait du sens…

Je réalise que, plus jeune, j’aimais l’intensité en toute chose, dans les études, les passe-temps, dans la vie comme dans l’entraînement. J’apprécie aujourd’hui autant l’intensité dans l’action que dans le «ne rien faire»… Une sage amie m’a dit récemment : « Rappelle-toi Julie, ne rien faire, c’est une activité. » Et dans la dernière année, j’ai bien apprivoisé cette activité-là (je n’avais pas le choix !) Depuis début décembre, moment où mon corps m’a fait «son monologue de douleur », j’ai beaucoup pratiqué le «ne rien faire». Pour moi, c’est souvent méditer, contempler, observer. Alors c’est effectivement une activité… seulement, trrrrès stationnaire. Ma sage amie est sage, et elle a raison.

Dans plusieurs aspects de ma vie, en revanche, avec la sagesse du temps ou de l’expérience, j’ai réduit considérablement l’oscillation entre les extrêmes mais surtout dans ce qui touche la réflexion, tout ce qui est cérébral, tout ce qui relève de la pensée, de la capacité de juger d’une situation…dans ce domaine, je navigue plus aisément sur la voie du juste milieu…c’est plus sage, et c’est tant mieux.

Le quotidien…ce canevas sur lequel se tisse l’entraînement…

Dans mon dernier partage, j’ai mentionné que 2018 m’avait servi les plus grands défis de ma vie jusqu’à date, ce qui avait stimulé chez moi ce désir de choisir pour 2019 mes propres défis…Je ne peux vous parler des derniers mois sans les mettre en contexte. Je vous ai dit que peut-être j’en parlerais, et cette fois-ci c’est utile, voire même approprié. Le mental, l’émotionnel et le psychique font aussi partie de toute aventure sur le chemin des défis d’envergure, ou sur le chemin tout court, et chaque aspect contribue, ou sinon affecte, le déroulement du processus.

Voici. En mars 2018, j’ai décidé de me séparer après plus de 10 ans d’union. Un mois après, jour pour jour, notre maison a brûlé accidentellement et j’y étais… dedans… seule. C’est très chanceux comment ce dernier événement s’est déroulé, et c’est à travers les divers et nombreux traitements que j’ai subis que j’ai pris conscience à quel point c’est un miracle que j’en sois sortie vivante. Gratitude profonde.

Je mets simplement ces faits en lumière parce qu’on peut choisir le processus de guérison ou de résolution, mais jamais sa durée. Ça prend le temps que ça prend. Dans les premiers six mois suivant le feu, le seul processus auquel je devais faire face, c’était de régler le choc post-traumatique et recouvrer toutes mes facultés. J’étais en choc et intoxiquée à un point tel que ma peau, mon ouïe, ma vision, mes cheveux, mon système nerveux, mon allocution et ma mémoire ont été affectés…et je passe les détails. Bon. C’est simple. Je me suis probablement dit : quand tu es vivante et abîmée physiquement, tu fais ce qu’il faut pour restaurer chaque aspect de ce qui est affecté. Seulement, une fois ces aspects rétablis six mois plus tard, je voulais passer à autre chose pour avancer allègrement sur ma route! Eh bien… une chose à la fois! Il restait la résolution de la séparation… c’est simple, oui, mais pas si facile. Requête d’attention pour Mlle Sauvé!

Je suis, oui, un être d’émotions, mais surtout je suis très cérébrale. Pour moi, dès que je comprends une situation, et que j’accepte dans ma tête tout ce qui est, je suis prête pour la suite! Le corps…pas nécessairement. C’est le cas ici. Monologue de douleur dudit corps : expliqué.

J’apprends sur moi chaque jour. C’est ce que j’aime. Je vous ai mentionné la dernière fois qu’anciennement, j’étais une nageuse sprint…aussi bien dire que j’aimais la vie sprint aussi…surtout pour les événements moins agréables. Quand je comprends quelque chose, j’ai envie de passer à d’autres choses. Mais la vie, c’est pas comme ça. Ça se savoure oui, et parfois il faut que ça décante…ça prend le temps d’apprendre à attendre et encore…Ça prend l’acceptation du temps, le temps de réflexion, l’observation du temps et l’appréciation des choses. Une fois bien décanté, je vais savourer. En attendant, j’apprécie le processus.

La prise de conscience…

J’ai, je crois, choisi le défi du Ironman 70.3 pour ça. Inconsciemment. C’est clair aujourd’hui. À travers cet enthousiasme démesuré, de courir, pédaler, et nager avec force pour avancer, j’ai peut-être souhaité quelque part m’éloigner du passage obligé de résoudre cet événement inconfortable de la séparation…Ça paraît encore dans mon corps, dans mon cœur, dans ma tête et dans mon être tout entier…et, le temps des Fêtes est toujours parfait pour brasser tout ça et laisser remonter la matière à distiller à la surface ! Maintenant, je le sais, je suis prête, j’accepte, je prends le temps. Là aussi, maintenant, j’apprivoise la voie du juste milieu…ce sublime endroit où l’on se dépose entre la réflexion et l’action. J’apprends réellement à cultiver cet espace.

L’entre-deux

Bien avant d’être inscrite pour le Ironman 70.3, je me suis inscrite pour un triathlon de La Havane à Cuba. Février 2019. Juste pour ma fête. J’avais presque oublié. J’ai oublié de le mentionner dans ma liste d’épicerie défis 2019… Et bien, celui-là, c’est un sprint! Haha!!

Je l’entrevois comme une célébration à mi-chemin de tout ce qui est passé, et tout ce qui est… le temps de cligner des yeux, je serai sur une terrasse à siroter un mojito!

En attendant, je continue ma route de décantation, à apprivoiser le juste milieu, naviguer sur cette voie, apprendre à être, à vivre et à célébrer la vie!

Et, je vous laisse avec un extrait récent de mes écrits personnels… 

«Chaque jour, je me répète à moi-même mes choix, et je fais de mon mieux pour suivre le passage qu’ils m’invitent à traverser…un nouveau choix exprimé, une nouvelle voie à naviguer, tout comme ces nouveaux défis à accomplir, à réaliser.»

Soyez bien.

Là où vous êtes.

* bpm = battements de cœur par minute

Julie Sauvé

À propos de l'auteur / Julie Sauvé

B.A.A., LL.B Enseignante en yoga, méditation, respiration et natation Je suis Passionnée de la Vie, une Guerrière de la Joie, Inspiratrice de changement, Cheerleader des Humains, j’aime relever des nouveaux défis chaque jour, je cultive la voie du juste milieu, j’apprends constamment.

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