Dans l’art de se raconter…

J’ai été charmée par Fred Pellerin. Ensorcelée même. L’espace d’une centaine de minutes, j’ai oublié mon âge, mon nom, le prix du billet, le confort de mon siège, la salle de spectacle, la ville où j’habite… depuis toujours. Si vous m’aviez vue. Moi, pendue aux lèvres de celui qui a le don de raconter. Flottant dans son univers. Riant avec les habitants de son village. Me laissant duper avec félicité par le faux son d’une cloche d’église. Pleurant sur le sort d’une maître de poste improbable devenue aveugle à force d’humecter les timbres. Je me suis abandonnée au spectacle et à la grâce du conteur puis chassée des limites empesées de ma volonté pour enfin être propulsée dans le joyeux univers de son imagination à lui.  

J’ai succombé devant le talent de Fred Pellerin mais aussi de ceux qui savent raconter l’histoire. Qui osent m’amener ailleurs par la seule force évocatrice des mots choisis avec l’agilité de celui qui les ressent avant de les prononcer. Qui peignent des images dans la seule lumière d’un projecteur par un habile enchaînement de consonnes et de voyelles qui forment à eux seuls la photo du propos. Qui comprennent l’importance de leur voix pour préserver les souvenirs et les traditions. Qui usent de leur savoir à l’oral pour sceller l’héritage culturel des familles et des habitants d’un lieu ou de la terre entière. Qui offrent généreusement le ton de leur voix, leur aspect sans âge, leur regard d’enfant curieux, leur sourire enchanté et leur énergie créatrice pour inventer des fables, des contes, des fictions, des scénarios et des légendes. Qui le font simplement pour faire plaisir, pour faire rêver et pour réconforter.

Raconter est un art. Un art réservé peut-être parce que souvent sous-estimé. Réservé aussi parce que perçu comme moins développé, timide devant plus élaboré, plus technologique, plus médiatisé, plus complexe, plus exubérant. Vrai surtout que raconter est un art réservé à quiconque manie les mots avec le talent rare et magique de l’évocation. Devant ce talent, je n’ai aucune réserve. C’est même un art devant lequel je m’incline. Les moments d’abandons et de plaisir qu’il me procure sont trop précieux dans notre monde qui a fréquemment du mal à conter. Aujourd’hui, je célèbre sans retenue l’art de raconter… et je salue du même coup Fred Pellerin qui le maîtrise divinement bien!

Marie-France Gaumont

À propos de l'auteur / Marie-France Gaumont

Passionnée par le monde fabuleux de la communication, je m’y réinvente avec fougue et curiosité depuis toujours. Dans cet univers vibrant, j’aime raconter des histoires, créer des déséquilibres et imaginer des possibilités. On me compare souvent à un caméléon. J'aime capter les nuances des lieux, absorber les couleurs des gens et mémoriser les vibrations des mots.

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