Homo deus de Yuval Noah Harari

L’auteur israélien reprend son analyse de la société humaine là où il l’avait laissée dans son précédent ouvrage, Homo Sapiens, c’est-à-dire aujourd’hui. C’est donc un livre prospectif, de science-fiction, qui réclame de la part du lecteur une plus grande attention et une plus grande imagination. Les neuro sciences y sont un élément incontournable de la thèse exposée.

La prémisse est que Homo Sapiens a réglé ou est en voie de régler tous ses problèmes qui mettent en danger la pérennité de son existence. La famine, la santé, la guerre. Énoncée ainsi brutalement elle choque mais M.Harari soutient son propos par de nombreux chiffres qui assurent la fiabilité d’une thèse scientifique. La conclusion de ceci est que l’humanité n’a plus besoin de ces béquilles que sont les religions (on retrouve ici l’idée déjà exposée dans le premier livre que les religions sont une création de l’homme pour combler un vide existentiel et donner une unité aux communautés humaines). L’homme va être en mesure de devenir un dieu pour lui-même et pour le reste de la planète. Au passage l’auteur nous décrit nos relations avec le règne animal exprimant l’idée que celles-ci évoluent vers plus de bienveillance, le véganisme et l’antispécisme dont il est intellectuellement proche, prenant de plus en plus d’ampleur actuellement.

Pour l’avenir l’homme doit inventer une nouvelle religion pour prendre la suite des religions polythéistes monothéistes voire l’humanisme. Le libre arbitre, base de nos civilisations occidentales et de notre organisation économique capitaliste va être remis en question par les découvertes des neurosciences qui constatent que le fonctionnement du cerveau humain peut être représenté par des algorithmes ce qui écarte toute notion de choix pour l’individu. La civilisation humaine va inéluctablement développer des robots basés aussi sur des algorithmes de plus en plus sophistiqués jusqu’à aboutir à des surhommes. Une des conséquences de cette évolution sera que le monde du travail sera bientôt réservé à un nombre de plus en plus petit d’individus mais de plus en plus éduqué.

On reste sur ces questions ouvertes comme c’est compréhensible pour un ouvrage de cette nature même si celui-ci se veut très sérieux et très documenté.

Le premier ouvrage, Homo Sapiens, est fascinant car aussi très documenté et émettant parfois des thèses surprenantes, comme la description de la révolution cognitive, mais restant toujours les deux pieds sur terre comme sait le faire un historien. M. Harari est spécialiste de l’histoire militaire médiévale. Le deuxième ouvrage est aussi brillant que le premier mais étant un ouvrage de prospective il ne suscite pas toujours l’accord sur les hypothèses retenues. Les idées apportées sont néanmoins exposées de façon très claire et contribuent au débat.

Yuval Noah Harari, 2017 – Homo Deus – Éditions Albin Michel – 463 pages

Christian Delpla

À propos de l'auteur / Christian Delpla

Docteur en physique, enseignant en maths et sciences, passionné de géopolitique, Christian Delpla est un grand lecteur avide de connaissance au sens large du terme. Il nous fait part dans ses chroniques de ses suggestions et coups de cœurs littéraires.

Un commentaire

  • Nelson Lebrun

    Tres intéressant! L’homme a besoin de croire en quelque chose…croire en lui peut être la clef à condition de prendre soin de lui et de parfaire ses connaissances.

On veut vous entendre :)