« Putain » de Nelly Arcan

Cette semaine, j’ai lu un livre culte de l’écrivaine Nelly Arcan. Décriée pour son comportement controversé, l’auteure est un incontournable de la littérature québécoise et le roman «Putain» est, sans doute, son œuvre la plus osée et la plus poignante. 

Cet ouvrage autobiographique jette un éclairage cru sur le rapport de l’auteur à ses parents et explique au moins en partie sa vie erratique et ses choix déchirants.

Écolière douée, cherchant à se fondre dans la masse des élèves, Nelly se rebelle contre son apparence et combat sa ressemblance avec une mère qu’elle décrit apathique, dépendante et déprimée, cherchant désespérément à attirer l’attention d’un père partagé entre une foi qui lui fait entrevoir une fin du monde apocalyptique et des désirs charnels bien terrestres qui lui font courir les femmes de petite vertu.

Toute à sa quête d’un sens à sa vie, Nelly Arcan vit son Œdipe à fond. Niant farouchement tout point commun avec sa mère, elle cherche à devenir la femme idéale selon les critères de son géniteur.

S’unissant mille fois à son père à travers des étreintes monnayées, elle tue frénétiquement sa mère à coups d’insultes. Malgré tout, elle la retrouve dans l’image que lui renvoie le miroir, cette bouche si mince qu’elle évoque une fente, cette fente de sorcière, dit-elle, d’où ne peut sortir que son dégoût pour l’auteur de ses jours. Cette mère qu’elle hait puisqu’elle ne la voit ni ne l’entend.

Nelly Arcan hait sa mère, hait les femmes, hait son image. Elle n’existe ou plutôt ne sait exister qu’à travers le désir des hommes. Elle ne se fait pourtant aucune illusion et ne se perçoit que comme un substitut de femme, n’égalant, loin de là, la femme que ceux-ci désirent.

Cet argent qu’elle obtient en monnayant son corps, sa bouche, elle s’en réclame afin de gommer toute ressemblance avec sa mère.  Silicone dans les lèvres, nez raccourci. Plutôt que de s’offrir comme elle peut, dit-elle, une nouvelle garde-robe chaque semaine, elle préfère changer son apparence. Elle se trouve laide, laide comme sa mère, laide comme la mort. Elle est hantée par le désir de vivre, vivre avant de mourir. Car la mort est là, dans sa hâte, dans ses peurs, dans sa crainte de vieillir, de ressembler plus que jamais à sa mère. Elle ne se perçoit déjà que comme un squelette entouré de peau, de cheveux si blonds qu’ils en sont presque blancs.    

Ce roman cru, à la fois intimiste et dérangeant, crie le mal de vivre et le désespoir de cette femme talentueuse qui se détruit en cherchant à sauver son âme. On retrouve, à travers les pensées qui s’entrechoquent d’une Nelly exacerbée, les peurs, les désirs et les incertitudes qui jalonnent notre existence et dessinent notre vie. Ses délires, ses réflexions font écho à nos doutes. On n’en ressort pas intact.

Edith Hakimian

À propos de l'auteur / Edith Hakimian

A étudié à l’école des Hautes Études Commerciales, où elle a obtenu une Maîtrise en Sciences de la gestion. Spécialisée en marketing de contenu et communications, elle est passionnée d’écriture. Elle est l’auteur du blogue Perspectives qui comporte plusieurs nouvelles. Elle s’inspire de situations réelles, vécues ou rapportées, et met l’emphase sur la psychologie de ses personnages qui les amène à adopter des comportements qui leur sont a priori étrangers mais découlent, en fait, de leur personnalité profonde.

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