Le vignoble moldave, un des secrets les mieux gardés de la planète-vin

Deuxième et dernière partie

Peu de gens, œnophiles ou non, se sont rendus en République de Moldavie, encore moins savent où la situer sur une carte géographique. Et pourtant, quand on apprend qu’il s’agit du pays qui cultive le plus de vignes au mètre carré, toute proportion gardée, et cela depuis l’antiquité, on se dit qu’il serait peut-être temps d’en parler.

L’Office National de la Vigne et du Vin

Accompagné tout au long de mon reportage par Stefan Iamandi, un expert de l’ONVV aussi jeune que prometteur, j’ai pu me rendre à l’Université technique de Moldavie, où j’ai rencontré différents spécialistes, et constaté le travail de recherche colossal qui se fait, tant du point de vue viticole qu’œnologique, avec entre autres de minutieuses microvinifications.

J’ai eu le plaisir de retrouver Gheorghe Arpentin, le directeur de l’ONVV*, organisme créé en 2013 par le gouvernement, en partenariat public-privé, avec le concours obligé du Ministère de l’Agriculture.

Gheorghe est un homme exceptionnel qui réussit, dans un contexte parfois difficile, à fédérer toutes les parties pour faire avancer la cause du bon vin dans son pays, et son rayonnement dans le monde. Il a étudié en France, à l’INRA de Montpellier, pour devenir œnologue-conseil, mais il élabore aussi son vin, le Pelican Negru**, à partir de son propre vignoble de 22 hectares. Sympathique et déterminé, il a souffert du destin tragique de sa famille, dont celui de son grand-père, ainsi que de son père, envoyés injustement dans les goulags pendant 10 ans.

Travail du vin en amphores chez Purcari – Photo : Jacques Orhon

Si aujourd’hui, deux approches s’affrontent, entre les tenants des vieilles traditions, du temps où le vignoble moldave était le principal fournisseur de l’État soviétique, et ceux qui se tournent vers des méthodes innovantes et adaptées aux attentes des connaisseurs, je présente plus bas les maisons et les caves qu’il faut surveiller et qui produisent des vins qui risquent de vous étonner, tout autant que je le fus pendant mon séjour.

Des installations des plus modernes pour l élaboration du vin – Photo : Jacques Orhon

Les maisons à connaître

Asconi** (Codru): un domaine sympathique mené par une équipe dynamique. On y mange bien; sauvignon et malbec tirent parfaitement leur épingle du jeu.

Atu (Codru): un petit producteur à surveiller, installé dans la grande agglomération de Chisinau, et qui propose des vins élégants, nets et d’une bonne fraîcheur, comme le Feteasca Alba, et un rouge original (saperavi et codrinschi) aux saveurs de petits fruits noirs.

Et Cetera (Stefan Vodă): petite maison familiale dirigée par Igor Luchianov, qui n’a d’autre ambition que de produire de grands vins. J’en ai bu sur place quelques-uns qui m’ont impressionné, dont un assemblage chardonnay-viognier, une étonnante carmenère, et une excellente et capiteuse cuvée issue d’un assemblage cabernet-sauvignon, merlot et saperavi.

Dans les caves du Castel Mimi – Photo : Jacques Orhon

Castel Mimi (Codru): magnifique domaine qui développe une forme d’œnotourisme contemporain. On a su garder intacte la mémoire des lieux, tout en se tournant vers l’avenir avec des vins modernes, nets et fort agréables.

Poiana (Codru): cave située dans un environnement joliment vallonné. On y élabore des vins modernes là aussi, tout en pratiquant sur place une restauration qui attire les amateurs de la capitale.

Purcari (Stefan Vodă): c’est probablement la maison qui m’a le plus épaté côté visite et dégustation, avec des vins aboutis et de savoureux assemblages entre les cépages autochtones et internationaux. Elle fait partie du Groupe Bostavan, côté en bourse, et propriétaire de vignobles en Roumanie. Excellent travail à la vigne et équipement œnologique à faire rêver bien des producteurs d’Europe occidentale. À signaler de très bons effervescents en méthode traditionnelle, dont le Rose Brut, et des vins délicieux dans les gammes Alb et Vinohora, ainsi que le Timbrus et le Negru, avec ses notes de graphite.

Impossible de clore cette liste sans parler des caves Cricova et Milestii Mici, la première au nord, et la seconde au sud de Chisinau, que j’ai visitées, tout comme des milliers de touristes époustouflés d’arpenter en voiture et à pied des dizaines de kilomètres de caves (plus de 70 chez Cricova, et près de 200 pour la seconde, ce qui n’est pas rien…) où dorment des millions de flacons.

Des dizaines de kilomètres de caves chez Cricova – Photo Jacques Orhon

Citons également Barza Alba, Château Vartely, Château Cojusna, Doina, Fautor, Gitana, Kara-Gani, KVint, Mihai sava, Tomai, Vinaria Branesti, Vinaria din Vale**, Vinia Traian et Vinuri de Comrat.

* Ce reportage a été rendu possible grâce à la collaboration de cet organisme qui m’a invité à découvrir le vignoble moldave.

**Les trois maisons citées en gras sont disponibles à la SAQ.

Jacques Orhon

À propos de l'auteur / Jacques Orhon

Sommelier et fondateur de l’Association canadienne des sommeliers professionnels. Expert en dégustation et véritable globe-trotter du vin, il parcourt depuis plus de 40 ans les vignobles du monde. Ses ouvrages ont maintes fois été récompensés, notamment, Le vin snob, du prix en littérature de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin.

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