Chère artiste, je ne t’encourage pas, je me gâte…

C’est ce que je viens de répondre à une sculptrice qui me remercie «de l’encourager» suite à une commande que je viens de lui passer. Il y a bien longtemps que je voulais mettre les points sur les i concernant cette expression que je trouve réductrice de la part des artistes à propos d’eux-mêmes. Je ne vais pas au concert ni au théâtre pour encourager les musiciens et les acteurs, je n’achète pas une œuvre d’art pour soutenir un artiste, ni une dentelle chez un artisan pour lui permettre de nourrir sa famille. Si cela y contribue tant mieux mais j’ai trop d’estime pour les créateurs et faiseurs de beauté pour me résoudre à considérer ma présence ou mon acquisition comme une sorte d’aumône. Ma démarche est complètement égoïste.

J’ai le bonheur/malheur de travailler dans le milieu artistique et culturel depuis plusieurs décennies, je connais évidemment les difficultés des uns et me régale du succès des autres. Oui, il m’est déjà arrivé de venir en aide à certains, mais jamais sous forme de charité, toujours parce qu’un petit coup de poignet permettait de faire passer la balle quand on monte au filet, comme on dit au tennis, et de gagner le point.

Mon bonheur est de côtoyer des gens hors du commun qui ont une vision, un savoir-faire extraordinaire et qui sont passionnés par leur métier. Il y a tellement de gens qui s’emm— dans leur vie juste pour « la gagner ». J’ai le privilège d’approcher, d’échanger et parfois même de me lier d’amitié avec ce que l’on nomme «des pointures », des hommes et des femmes dont les réalisations font grandement consensus. La cerise sur mon gâteau c’est quand je découvre un talent et que je peux lui ouvrir une porte vers le succès. Cela m’est arrivé une ou deux fois. Sauf exception, l’intéressé le sait, le reconnaît, nous le savons quand nous nous rencontrons et nous nous en réjouissons « te souviens-tu quand…? »

Mon malheur c’est de me trouver plusieurs jours d’affilée à travailler dans des expositions et de sentir ma carte de crédit s’affoler dans ma poche. Je me sens comme un diabétique dans une pâtisserie et très souvent je succombe. Nombre de fois, je rentre à la maison avec une œuvre d’art enveloppée d’un furoshiki de mensonge : «Regarde ce que Untel m’a offert!» Je me suis pourtant bien sermonnée au préalable «ce n’est pas raisonnable, tu vas encore t’endetter, tu n’as plus de place» mais chasser le naturel c’est, dit-on, l’entraîner au galop. Vivre entourée de gens que j’aime, c’est une chose mais s’entourer d’œuvres d’artistes qu’on aime c’est comme inviter plein d’amis chez soi et en ce moment…si vous voyez ce que je veux dire…

À propos de l'auteur / Annie Depont

Parisienne installée au Québec depuis 2000. Peintre, Agente d’artistes, Organisatrice d’événements, Créatrice de l’En Verre du décor et céramiques, Les Sculpturales de Saint-Sauveur, Expo-culture Japon Québec, les Sainte-Saveurs de Saint-Sauveur, TracesMagazine, Directrice de La Semaine des Artisans de Laval. Journaliste très indépendante.

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