Cinquante nuances de ton

Salut! à toi dont la couleur de peau est différente de la mienne, dont l’accent et les vêtements signalent une différence de culture, je voudrais mettre au point la nature d’une question qui me taraude dès que je te rencontre :

D’où viens-tu ?

Mettre au point signifie ajuster la focale pour voir très clairement de quoi il s’agit. On parle ici d’intention et de ton. Lorsque je te pose cette question, tu devrais te sentir honoré de la bienveillante attention qui t’est offerte, non pas pour te stigmatiser mais au contraire pour t’intégrer dans mon cercle de connaissances.

Connaissance des humains, connaissance des cultures.

Cette offrande n’est pas condescendante, loin de là, pourquoi le serait-elle ? Je ne me sens pas supérieure à toi puisqu’on ne se connaît pas. Elle est peut-être égoïste car je ne me lasserai jamais de découvrir le monde et d’apprendre. Tu es différent et je peux apprendre de toi, comme tu le peux de moi, sans que je veuille changer quoi que ce soit de tes manières de vivre et de penser, si elles sont pacifiques.

D’où viens-tu ?

Pourquoi cette question devrait-elle t’offenser? C’est une main tendue, un geste d’amitié, une marque d’intérêt, la même question que l’on pose à un enfant : comment t’appelles-tu? Quel âge as-tu? Afin de pouvoir communiquer avec lui plus personnellement.

Tu ne viens peut-être de nulle part si tu es né ici, mais tes origines, elles? Il a bien fallu une traversée d’océan pour que tu puisses naître dans ce pays. Tu ne penses tout de même pas pouvoir passer inaperçu avec ta peau d’ébène, ton teint d’albâtre, tes cheveux de jais, tes yeux bridés…alors même si tu fais partie de notre société, si tu t’y es intégré comme on dit, permets-moi cette saine curiosité :

D’où viens-tu ?

Quelles sont tes origines? On se le demande bien entre nous, car la couleur ne fait pas l’unité. Des traits, un accent, une recette de cuisine peut-être, révèle notre identité, celle de nos ancêtres.

Toi tu es de Gaspé, moi je viens de Paris. Et c’est le début d’une cascade de questions subsidiaires, de souvenirs partagés – j’y suis allé – ou de vœux pieux – un jour j’irai…

Alors de grâce, toi le porte-parole des opprimés, toi qui ne l’as peut-être jamais été, cesse d’en rajouter en enseignant aux « minorités visibles » l’art de s’offusquer pour ce qui n’en vaut pas la peine, en leur donnant le faux espoir nullement souhaitable ni nécessaire de devenir invisible. Ce n’est pas en supprimant des vêtements ou des mots, encore moins en déshabillant Agatha et Dany qu’on vaincra le racisme, mais bien en accueillant les différences et en leur demandant sincèrement et poliment :

D’où viens-tu ?

À propos de l'auteur / Annie Depont

Parisienne installée au Québec depuis 2000. Peintre, Agente d’artistes, Organisatrice d’événements, Créatrice de l’En Verre du décor et céramiques, Les Sculpturales de Saint-Sauveur, Expo-culture Japon Québec, les Sainte-Saveurs de Saint-Sauveur, TracesMagazine, Directrice de La Semaine des Artisans de Laval. Journaliste très indépendante.

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