Le fond et la forme

Ils se trouvent «ben ben drôles», ces gens sur les réseaux sociaux qui prennent la peine d’apposer des ricanements en grosses lettres sur des photos d’actualité pour ridiculiser tel ou tel. Ne prenant même pas le temps de se relire, ils vous jettent à la face des fautes d’orthographe ou de grammaire aussi grosses que leur bêtise. C’est un peu comme si quelqu’un vous postillonne au visage. Vient un moment où vous ne l’écoutez plus pour vous mettre à l’abri. Le coup d’éclat de Corinne Masiero, nue, aux Césars aurait été plus efficace sans cet oubli du S dans sa revendication @Rends-nous l’art Jean.

Je ne mettrai aucune capture d’écran ici car je ne divulgue pas ces écorchures de la langue française. Il y en a beaucoup. J’en veux évidemment aussi à ceux qui opinent avec des j’aime et qui partagent car il est tout aussi grave d’acquiescer et de partager que de rédiger. Approuver et divulguer c’est être complice. La tache d’huile se répand et les erreurs deviennent des usages.

Le fond atteint facilement ces 42 à 53% (selon les études) d’analphabètes et d’illettrés qui nous entourent, car la forme ne les gêne absolument pas. D’aucuns revendiquent d’ailleurs la simplification de l’orthographe, afin de se faciliter la tâche et d’avoir l’air moins niaiseux. Tirer vers le bas a toujours été l’apanage des ignorants et des paresseux. Louis XIV doit se retourner dans sa tombe dernièrement.

Si jamais, tu as l’outrecuidance d’émettre un commentaire au sujet de la forme, tu passes évidemment à côté du fond et là on te vilipende. Tu es donc rigide. Il faudrait donc être un peu plus magnanime.

Et surtout tu te prends pour qui ? Et là, si jamais tu es démasqué en tant que Français, tu as droit à des insultes qui ressemblent fort à de la xénophobie. N’est pas cousin qui veut. On va même essayer de te prouver qu’en France c’est pire, comme pour les anglicismes. Sommes-nous en compétition ?

Cet autocentrisme est ridicule. On n’attaque pas ton pays, on se choque à propos de ton orthographe et de ta grammaire. Tu peux bien habiter chez les Zoulous je m’en fous. Quel que soit l’endroit dans le monde francophone, quand un amoureux de la langue française reçoit un message bourré de fautes, le message reste nul et non avenu. C’est raté. L’auteur n’est pas crédible. Cependant, les étrangers qui font l’effort de se franciser eux, ont droit à toute notre indulgence.

Le comble du comble ce sont ces regroupements de défenseurs de la langue française qui se gargarisent entre eux de leur mission et qui ne voient aucun inconvénient à ce que leurs membres participent au forum en aspergeant leurs pages d’accords fautifs. Un peu comme s’ils se pissaient dessus en fait.

Oui, mais alors la liberté d’expression sera-t-elle bridée si on empêche les incultes de s’exprimer? Doit-on mourir d’élitisme ? Non on peut mourir d’éthylisme seulement. Et on ne souhaite empêcher ni vexer personne. Il est souhaitable cependant que, lorsqu’on prétend aimer tant cette langue, lorsqu’on affirme vouloir la défendre bec et ongles, on arrête de jeter des pierres dans le jardin des voisins anglos. Il serait hautement préférable de cultiver le nôtre.

À tout le moins d’en avoir la volonté. Les outils dont nous disposons aujourd’hui sont là pour nous aider. Il n’est pas compliqué de vérifier un accord si on a un doute. Même notre ordinateur nous signale de possibles coquilles. Il n’est pas difficile de se faire aider. J’ai récemment corrigé un long texte que l’auteur s’est empressé de publier sans les corrections. C’est cela qui est choquant. C’est ce je-m’en-foutisme, cette paresse, cette susceptibilité qui creusent le gouffre de l’ignorance.

À propos de l'auteur / Annie Depont

Parisienne installée au Québec depuis 2000. Peintre, Agente d’artistes, Organisatrice d’événements, Créatrice de l’En Verre du décor et céramiques, Les Sculpturales de Saint-Sauveur, Expo-culture Japon Québec, les Sainte-Saveurs de Saint-Sauveur, TracesMagazine, Directrice de La Semaine des Artisans de Laval. Journaliste très indépendante.

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Un commentaire

  • LLavador

    C’est très beau, on dirait du Philippe De Villiers !

On veut vous entendre :)