Le mot en «W»

Suis-je rentré dans l’âge du «c’était mieux avant»? En l’espèce, il est difficile de prétendre à l’objectivité. Si j’étais journaliste ce sujet serait qualifié de marronnier tant il se perpétue à travers les générations. Il y a bien entendu le côté «Proust stimulé par la résurgence de souvenirs heureux, signe d’une cacochymie sournoise prête à prendre le contrôle de mes derniers instants mais dans mon cas, c’est encore un peu tôt. Pour dire la vérité, le monde dans lequel je vis m’inquiète et plus que mon trépas, c’est l’avenir de mes enfants qui me préoccupe. Il y a quand même des faits objectifs qui n’ont rien d’enthousiasmant. Le réchauffement climatique, la pollution des océans, la disparition de nombreuses espèces animales et végétales, la surpopulation mondiale et plein d’autres dégradations infligées à notre vieille terre seraient de nature à ébranler les plus optimistes d’entre nous. Néanmoins, ils vous diront quand même que nous saurons surmonter ces crises et que l’humanité en a vues d’autres. C’est là que le bât blesse! Les solutions trouvées jusqu’à présent ne fonctionnent plus. Elles étaient toujours fondées sur notre capacité à nous adapter aux embûches que la nature nous proposait. Le bon sens, la sagesse populaire et la formidable résilience de notre espèce nous conduisaient à réagir, à nous battre, à trouver des solutions. Puis, par des chemins peu orthodoxes, l’arrogance a pris le pouvoir. Des «penseurs» diplômés sont venus nous expliquer que tout ce que l’on pensait être propre à notre humanité n’existait plus, étaient de vieux concepts dépassés. Ainsi ils sont venus nous expliquer que la nature n’avait aucune incidence sur ce que nous sommes, qu’il n’y avait plus d’hommes ni de femmes et qu’il suffisait de se déclarer ce qu’on voulait être, qu’il n’y avait plus de race mais que ceux qui avaient la peau claire naissaient avec une culpabilité ineffaçable héritée de leurs ancêtres, que les minorités, quels que soient leurs comportements seraient d’éternelles victimes et qu’un mot ou une image qui pourrait blesser un individu serait plus grave qu’une décapitation publique. Des milices auto proclamées, mélange d’un puritanisme à son paroxysme et d’un maccarthysme plus stupide que l’original, se sont organisées, encore plus sûres de leur autorité morale que des Parfaits Cathares, le sens du sacrifice et de l’honneur en moins. C’est là que je ne comprends plus notre époque. Les enfants que nous étions, même naïfs et inexpérimentés comme tous les enfants, n’auraient jamais gobé de telles âneries… Il aura fallu des décennies de bourrage de crâne par les professeurs et les médias, le formatage des étudiants en sanctionnant toute trace de réflexion personnelle et le conditionnement de la réussite des examens à la régurgitation in «extenso» de leur doctrine. On y est… Selon plusieurs études disponibles sur le Net, pour la première fois de son histoire l’humanité a perdu des points de QI pour autant que l’on puisse mesurer l’intelligence. Alors je me demande si l’être humain 2.0, dépourvu de son jugement, uniformisé, sans racines, à l’identité incertaine, fragilisé par une illusion de confort et de vie facile, parfois lobotomisé, aura les ressources pour relever les défis qui se profilent. Je souhaite de tout mon être à cette génération de ne pas avoir à affronter de situations plus difficiles que d’entendre le mot en «N» qui visiblement leur provoque des symptômes d’apoplexie. Alea jacta est.

À propos de l'auteur / Alain Rhein

Originaire de Nice en France, Alain Rhein habite à Montréal depuis longtemps. Grand amateur d’art, passionné de judo, courtier immobilier, enseignant en Rédaction de contrats pour les futurs courtiers à l’Académie d'entrepreneurship du groupe April Fortier, il porte sur l’actualité un regard critique et distancié. Il nous fait part de ses réflexions et interrogations en y glissant souvent une pointe d’ironie.

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