Les temps barbares

Quelle chance on a ! Comment ne pas se sentir privilégié de vivre dans le plus grand et le plus beau pays du monde, de faire partie des êtres humains les mieux protégés de la planète et de considérer par conséquent représenter l’élite, la crème de la crème, ces hommes et ces femmes que l’on doit conserver coûte que coûte en bon état pour la suite de la vie sur terre?

Mettre les cloches sous cloche

On commence par nous assigner à résidence, puis on nous apprend à avoir les mains propres (ce qui n’est pas le cas de tout le monde), on nous oblige à porter un masque pour que nous évitions de postillonner sur nos voisins, lesquels doivent se tenir à deux mètres de distance (record du postillon aux Jeux olympiques). Les visites sont interdites, les attroupements encore plus. La culture est en jachère, les commerces sont en faillite, l’économie est à plat. Bref, vous savez tout cela.

Mais le foutu peuple bouge encore ! Comme la fourmi qu’on écrase et qui ne veut pas mourir. Alors on va la séparer de sa fourmilière : elle ne pourra plus voyager – à moins qu’au retour, elle ne se laisse séquestrer dans un hôtel minable, où on lui servira son plateau-repas par terre à la porte de sa chambre de pestiférée et qu’elle consente à payer la rançon au tarif d’un cinq étoiles si elle n’y reste qu’une nuit (depuis quand les prisonniers paient-ils leurs nuitées en cellule ?)

Les tests vont bon train : un avant d’embarquer, un autre à destination, comme si un avion rempli exclusivement de testés négatifs pouvait déverser de dangereux contagieux à l’arrivée. Ah! Mais c’est que, peut-être, on ne fait pas confiance aux tests du pays de départ…Control freak dit-on en bon français. Nouveaux produits et services lucratifs, en tout cas.

Une première vague, une deuxième, une troisième et maintenant les variants. Il faut donc fabriquer des vaccins au plus sacrant. C’est la manne (nourriture miraculeuse et providentielle cf. : Larousse) pour l’industrie pharmaceutique. Et à ce point, n’ayant même plus besoin de se cacher, les labos se font une lutte ouverte et acharnée. Les valises de fric circulent, les enchères montent d’un pays à l’autre, la pandémie est le terreau du commerce d’armes chimiques évoqué à peine différemment il y a une vingtaine d’années en Irak, porté cette fois-ci au niveau mondial. Il faut ratisser large.

La subtilité de la manœuvre est le principe de précaution, le désir de protéger les populations, désir d’autant plus vif à l’approche des élections, ici comme ailleurs. « C’est pour ton bien » me disait-on autrefois pour me faire avaler les pires couleuvres. Et si ce n’est pas assez convaincant, on utilisera le plus efficace de tous les outils, la peur : peur de mourir, peur d’être la cause de décès, sentiment de culpabilité. Si tu ne portes pas ton masque, tu es un assassin en puissance, et si tu ne te fais pas vacciner, on devrait te fusiller. Sans compter la commisération due au personnel de santé malgré le fait que ce qu’on appelle le peuple n’est en aucun cas responsable des lacunes de places, de lits, de personnel et de matériel nécessaires pour combattre une situation catastrophique depuis longtemps annoncée et connue des dirigeants.

Ce qui est terrible, comme dans tous les affrontements, c’est que l’ennemi est une hydre (monstre à plusieurs têtes, qui repoussent dès qu’elles sont tranchées). Tous les avis, toutes les certitudes, toutes les expertises sortent véhémentement dans tous les sens. On ne sait plus où donner de la tête. On réglemente à la va-vite, on accuse les uns, on vilipende les autres, on complote, on s’accroche à nos convictions comme d’autres à leur religion, on tente un prosélytisme de comptoir. Il faut bien être le messie de quelques-uns pour se donner le sentiment d’exister.

« Les temps redeviennent barbares, ce n’est pas la première fois, mais c’est la première fois que toute l’humanité s’en trouve affectée/infestée » Edgar Morin

À propos de l'auteur / Annie Depont

Parisienne installée au Québec depuis 2000. Peintre, Agente d’artistes, Organisatrice d’événements, Créatrice de l’En Verre du décor et céramiques, Les Sculpturales de Saint-Sauveur, Expo-culture Japon Québec, les Sainte-Saveurs de Saint-Sauveur, TracesMagazine, Directrice de La Semaine des Artisans de Laval. Journaliste très indépendante. Écrivaine en devenir...son premier roman «Fanny, les ailes sur le sol» sortira cet automne en France et au Canada.

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Un commentaire

  • Alain Rhein

    La propagande a remplacé l’information , la presse étant financièrement dépendante des états et uniforme quant à son idéologie. Les citoyens ne sont plus formés à la réflexion par un système éducatif qui privilégie la soumission aux diktat dominant. C’est la pub qui décide de l’issue de nos élections. La démocratie est malade…

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