Tant va la cruche à l’eau…

Tant va la cruche à l’eau qu’un jour elle se casse

Par un beau samedi d’automne à 5 h de l’après-midi, mon cellulaire frétille. C’est pour le bureau, je laisse la messagerie faire son travail. Pas envie de bosser pendant la fin de semaine à l’heure de l’apéro. Curieuse quand même, j’écoute : « Madame, ici le Service de la ville, nous n’avons pas reçu vos pancartes d’affichage pour votre marché de Noël, l’installation doit se faire lundi sans faute. Rappelez-nous, c’est urgent! »

Depuis plusieurs mois, la ville en question sur avis du gouvernement avait fait annuler tous les événements. Cherchez l’erreur…

Tous, excepté les marchés de quartier. Qui peut me dire la différence entre un marché de produits essentiels qui vend du pain, du vin, des bols, des torchons et un marché d’artisans qui vend, du pain, du vin, des bols, des torchons ? Moi je sais, ce ne sont pas les mêmes matelots qui sont à la manœuvre. Je sais aussi que la sémantique a son importance. Un artisan ne fait pas de produit essentiel, c’est bien connu.

Cet été, nous étions prêts à ouvrir notre festival comme chaque année, au grand air, au soleil et dans la joie. La plupart des exposants avaient réservé depuis un an déjà. Les mesures sanitaires étaient en place comme indiqué dans les nombreux documents de mise en garde que nous avions dû signer pour nous engager à les respecter. Les pancartes publicitaires étaient posées depuis un mois sur les routes et les croisements. En passant, toutes ces dépenses dont je ne reverrai jamais plus la couleur de l’argent.

Une semaine avant boum ! Plus rien n’était possible.

  • Un nouveau comité d’évaluation avait été mis en place! Il fallait remplir des formulaires supplémentaires pour une dérogation. L’examen des dossiers devait leur prendre un mois. « Je veux bien présenter votre demande… » Me dit-on – « C’est trop aimable à vous! » ai-je failli répondre.

(Asti de Tab*@k c’est ton job non ?)

Si on retarde d’un mois, on tombe dans la rentrée scolaire et les terrains sont alors réservés aux enfants. Mais ça, les employés municipaux ne l’avaient pas vu venir…la rentrée scolaire!

Qu’à cela ne tienne, nous serions capables de déplacer notre événement et de refaire tous nos plans d’installation. Ce n’est pas le travail qui nous fait peur. Après tout, nous étions en mode recherche de solution n’est-ce pas? Je me rends sur place. Les terrains municipaux n’ont pas été entretenus et sont inutilisables. Tel autre est bien beau mais n’aura ni toilettes ni électricité car il n’est pas municipal, me dit-on. On est dans la m—-.

Nous n’avons ni date ni lieu et on nous demande encore un plan détaillé avec nombre de kiosques et disposition des fléchages. Je capote.

Jusque-là, nous avons subi avec patience les inepties habituelles telles que « la demande de reconnaissance des organismes par la ville ». Nous devons nous faire reconnaître chaque année! Il est vrai que les intervenants municipaux changent tellement souvent de postes qu’ils ne peuvent pas reconnaître « leur clientèle ». C’est ainsi qu’on nous appelle.

Non seulement il faut être « reconnu » mais cela ne suffit pas. Il faut que l’événement soit « autorisé ». Chaque année aussi. Nous avons souri plusieurs fois en recevant ces « autorisations » la veille ou même le lendemain de l’ouverture. Dans le contexte actuel nous aurions des sueurs froides. On fait quoi si l’autorisation n’est pas accordée alors que tous les artisans sont arrivés de partout au Québec?

Nous acceptons sans broncher de recevoir à plusieurs reprises des formulaires dont on nous informe ultérieurement qu’ils ne sont pas les bons, qu’il faut recommencer et qu’il ne faut surtout pas aller sur le site de la ville car tout est erroné. Les différents services se tirent dans les pattes. Dans une entreprise privée, on verrait des têtes sauter. Et ça veut nous donner des leçons de gouvernance.

Nous n’avons pas rouspété lorsqu’on nous a refusé de fêter notre vingtième anniversaire sous prétexte que dans les huit premières années la production ne portait pas le même nom. Même événement pourtant depuis vingt-cinq ans. J’étais là dans le comité de l’équipe sortante. Tant pis pour eux, ce sont leurs rues que nous aurions pavoisées.

Comme nous n’avons que cela à faire, on nous impose ça et là des délais de quelques jours seulement pour renvoyer les documents et leurs annexes. Tout se fait dans la précipitation. Que voulez-vous, ils ont trop à faire ces gens-là. Justement, cette semaine j’ai reçu pas moins de 13 documents à consulter et/ou à remplir pour dans 15 jours, pour les événements de…2021.  L’espoir fait vivre. L’innocence aussi.

Plusieurs catégories, plusieurs organismes

Notre fragilité financière en contexte de confinement pouvant poser problème, on a eu la charité de nous faire parvenir un formulaire de demande d’aide pour surmonter la crise, mais à valoir sur l’activité 2021 et comprenant deux catégories :

  • Les chiffres d’affaires en dessous de 20 000 $ recevraient 800$
  • Les chiffres d’affaires au-dessus de 20 000 $ recevraient…800$

Waoh !

Beaucoup de personnes ignorent que pour organiser des événements, il faut avoir son siège social dans la ville concernée. Donc nous gérons bien inutilement plusieurs organismes qui font le même travail mais dans des villes différentes. Temps, travail, énergie, ineptie. Et perte d’argent.

Pas une seule fois, pas un seul intervenant ne nous a téléphoné ou écrit pour nous demander comment nous nous en sortions, quelles pourraient être les options. Au pire – mais là j’abuse – pour nous souhaiter bon courage. Vingt ans, nous sommes là, mais ils ne le savent pas, ils sont à peine plus âgés, ils sont toujours nouveaux.

Qu’à cela ne tienne, la pandémie continue de sévir mais nos fonctionnaires sont à la tâche! Afin que nul n’ignore leur dévouement et l’utilisation qu’ils font de nos taxes, ils nous envoient leur rapport d’activité ponctué de nombreuses notes d’autosatisfaction. Le travail qu’ils abattent ! Je n’en reviens pas. Réunions, comités, création, fusion et envoi de formulaires. Coaching individuel aussi. Quelles réalisations ! Et je serais curieuse de connaître les individuels qui ont été coachés.

À propos de réalisation, nous avons pu négocier en 2020 la location et le support logistique d’une des plus grandes salles d’exposition près de Montréal. Le but était d’offrir un grand salon de Noël dans une région qui aurait dû y penser depuis longtemps. Oui mais un problème ubuesque nous a été posé par les autorités provinciales. Je vais voir si vous savez y répondre (niveau secondaire1).

  • Soit une salle de 80 000 pi 2  (7 440 m2)
  • Et un maximum autorisé de 250 personnes à la fois,
  • Si j’ai 200 exposants  
  • Et 40 membres de mon équipe + installateurs et personnel de sécurité de la place

La question est :

  1. Avons-nous assez d’espace ?
  2. Combien de clients pouvons-nous recevoir ?

Quand j’étais petite, j’adorais les problèmes de train qui coulent et de robinets en retard…

Plusieurs événements et plusieurs villes

Parmi les événements que nous avons créés, qui reviennent chaque année et qui dit-on sont attendus, plusieurs nous ont été refusés cet été pour « protéger les commerçants ». On sait combien les grandes bannières sont protégées, mais là on parle des cafés, restaurants et boutiques alentour, qui profitent amplement de l’achalandage que nous générons. Il ferait beau voir que des artisans proposent des produits locaux faits main alors que les « petits- commerces-qui-ont-pignon-sur-rue-ont-tant-souffert » pour arriver à vendre leurs produits d’importation.

Un artisan, c’est bien connu, ça ne souffre pas ou alors en silence s’il vous plaît !

Quant à la cruche, elle se casse et tire sa révérence.

Annie Depont

À propos de l'auteur / Annie Depont

Parisienne installée au Québec depuis 2000. Peintre, Agente d’artistes, Organisatrice d’événements, Créatrice de l’En Verre du décor et céramiques, Les Sculpturales de Saint-Sauveur, Expo-culture Japon Québec, les Sainte-Saveurs de Saint-Sauveur, TracesMagazine, Directrice de La Semaine des Artisans de Laval. Journaliste très indépendante.

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