Les émotions des petits humains

Les enfants sont de petites boules d’émotions. Ce n’est pas rare de les voir passer du rire aux larmes en peu de temps, sans parler de la crise de colère qui peut être assez violente, surtout autour de l’âge de 2 ans. Ce n’est pas toujours facile à gérer. On tolère assez bien les rires et même les petites tristesses passagères, mais les crises, on les supporte un peu moins bien. On est moins confortable avec l’intensité, et c’est compréhensible. Mais au fond, notre plus grand désir est de les aider à gérer tout ça. Mais comment?

Les aider à gérer tout ça…

Définir de quoi on parle

Émotion: e: extérieur – d’après l’ancien français motion: mouvement

L’émotion est un mouvement de l’intérieur vers l’extérieur. Elle crée des sensations internes et s’exprime par des réactions physiques. L’émotion, puisque c’est un mouvement, a un début et une fin. L’émotion nous traverse, elle se fait un chemin, puis fond comme neige au soleil. Autant la peine, la colère ou l’euphorie. Alors, bien que parfois désagréable, il faut se dire, ça va passer.

Pour les bébés humains, les émotions n’ont pas de noms. L’enfant exprime, de façon spontanée, ce qu’il ressent. En grandissant, au fil des expériences, il va apprendre à nommer, identifier ce qu’il vit. Il va aussi être en mesure de décoder les expressions verbales et non verbales d’autrui. C’est un apprentissage laborieux. C’est souvent difficile pour les grands humains aussi. N’est-ce pas?

Les émotions des grands humains

Dans mon cheminement il m’a été essentiel de me connaître, de me comprendre pour mieux gérer les émotions trop intenses. Reconnaître mes propres mécanismes me permet de comprendre ceux des enfants, donc de les accompagner plus adéquatement dans leur vie émotionnelle. Travaillant à la maison, avec de jeunes enfants, mère de deux ados, conjoint et collègue de travail sont en fait la même personne, j’ai eu de quoi faire de l’introspection et de l’extrospection. S’observer soi-même provoque des transformations. Juste de se voir tel qu’on est, sans se juger. Les enfants sont sensibles à l’authenticité. Ils sont en mesure de nous faire davantage confiance quand ils sentent que “les bottines suivent les babines”.

L’idéal est de demeurer relativement calme et zen devant les enfants, mais parfois on l’échappe et ce n’est pas dramatique. On se met en colère , on pleure, on rit fort. Les émotions, c’est la vie! On ne s’en sort pas. Parlons-en. Mettons des mots sur ce qui se passe. Excusons-nous quand c’est nécessaire. Mais ne nous excusons pas d’être émotifs. Utilisons ces moments pour expliquer avec des mots simples à nos enfants le monde des émotions. Même les jeunes enfants peuvent comprendre, ils sont souvent curieux, ouverts et sensibles aux émotions. Ils n’ont pas d’idées préconçues sur le sujet. Bien sûr, ce n’est pas ce que nous souhaitons, déverser notre fiel sur les enfants, mais au moment où ça se passe, peut-on vraiment faire autrement? Non! Puisque si c’était le cas nous ferions autrement. On poursuit nos apprentissages en tant que grand humain, on évolue!

Les émotions dans le cerveau

Simplement le fait de comprendre comment les émotions naissent dans le cerveau, aide à mieux les calmer. C’est par la connaissance et la conscience que survient le changement. Pour l’expliquer rapidement, on peut se faire l’image d’un cerveau d’en bas et d’un cerveau d’en haut. Celui d’en bas (reptilien/ primitif) est responsable des réactions plus vives et soudaines. C’est lui qui nous fait exploser! C’est le cerveau de l’instinct de survie et des réflexes. Le cerveau d’en haut (cortex), c’est lui qui va analyser et nuancer les émotions, parce qu’il raisonne et est capable de créativité. Finalement, c’est dans le cerveau limbique que la mémoire des émotions va siéger. Ce sont les rêves qui permettent de “classer” les émotions vécues dans la journée et de faire des liens avec des expériences passées. Alors le sommeil est primordial. Quand la réaction est vive, le retour au calme est essentiel pour prendre des décisions éclairées. Le cerveau primitif est plus réactif quand on manque de sommeil, quand on vit du stress. Et c’est cumulatif. L’adrénaline et le cortisol montent et les événements sont mal interprétés et sont perçus comme du danger. C’est une représentation sommaire, mais qui permet tout de même de comprendre un peu comment ça se passe entre les deux oreilles.

Il est intéressant de se rappeler que les émotions ont chacune une utilité bien précise. Elles permettent de préparer le corps à agir sur son environnement, à avoir une influence sur ce qui est à l’extérieur. La colère prépare au combat ou sert à impressionner pour une question de survie. La peine fait naître chez l’autre un sentiment d’empathie qui va permettre de recevoir le réconfort nécessaire pour pouvoir poursuivre son chemin. La joie réunit, elle permet de créer les liens et sentir qu’on fait partie du groupe parce qu’on la partage. Chaque nuance d’émotions vient colorer le paysage des relations. C’est fantastique!

Le sommeil est primordial.

Les émotions des petits humains

L’enfant doit savoir qu’il a le droit de ressentir et exprimer ses émotions. De toute façon ce n’est pas un choix. Elles arrivent et elles vont faire leur chemin dans le cerveau, dans le corps. Le cerveau est en développement. L’enfant va tranquillement prendre de la maturité et, avec un accompagnement bienveillant, il va réussir à utiliser le cerveau d’en haut. Son raisonnement va se développer. Mais gardons en tête que quand l’émotion arrive, elle va passer. Ça passe toujours.

Comment réagit-on face aux émotions des enfants? Souvent, on veut que ça cesse. On se sent agressé ou on prétend que l’émotion qui arrive est inadéquate. « Arrête de pleurer! » « Calme-toi! » « Arrête ça !» « On pleure pas pour ça. ». Ou bien on répond à toutes les demandes de l’enfant pour lui éviter de vivre la frustration, soit parce qu’on est touché par sa réaction, ou simplement pour acheter la paix. On veut bien faire, on pense aider, on veut sauver du temps ou bien on veut s’épargner soi-même des réactions face à ces émotions qui nous irritent. On interprète la crise comme un caprice. Pourtant, l’émotion est bien réelle et c’est rarement une mise en scène.

Ils ont besoin d’empathie et de présence. La chose à faire est d’accueillir l’émotion, la reconnaître, la nommer et la permettre, sans la juger. L’enfant qui vit une peine, c’est bien réel, peu importe que nous croyions que c’est ridicule ou pas. Les choses ne sont pas du même ordre d’importance pour eux que pour nous. Mais le besoin d’être entendu est le même par contre. Les paroles mais aussi le langage non verbal permettent à l’enfant de se sentir compris. Quand les réactions sont trop vives, l’enfant a besoin de décharger. Il faut donc rester calme devant ses cris et ses pleurs intenses, sans lui permettre de frapper, de briser le matériel ou se faire mal à lui-même. Souvenez-vous, son cerveau a identifié qu’il y avait un danger. L’enfant vit une détresse. Il ne se met pas dans ces états pour provoquer ou nous choquer. Au contraire, il a besoin d’un adulte bienveillant pour l’aider à surmonter tout ça. Même si c’est notre propre refus pour quoi que ce soit qui a provoqué la crise, on peut accueillir. Ne jamais se sentir visé. Les émotions parlent de la personne qui les vit, pas de celle qui les reçoit. Parfois on a l’impression que de nommer l’émotion va l’amplifier. En réalité, ça va lui permettre de faire son chemin. Donc, oui, l’émotion peut sembler s’exacerber, mais en fait, elle fait son chemin au lieu d’être réprimée.

Gestes et paroles de grands humains envers petits humains

Ça peut avoir l’air simple, mais dans le feu de l’action, les bons mots ne viennent pas toujours. Mais en fait, il n’est pas nécessaire de parler beaucoup. La présence suffit, sinon une simple parole qui sécurise, qui reflète l’émotion, qui fait en sorte qu’en peu de mots, l’enfant se sent compris.

  • Choisir un ton doux
  • Regard doux
  • Simplement observer
  • Se mettre à la hauteur de l’enfant
  • Prendre dans les bras
  • Mettre une main réconfortante sur l’épaule
  • Caresser les cheveux
  • Bercer
  • Chanter doucement en accueillant les pleurs
  • Respecter la bulle
  • Offrir un espace sécurisant
  • Amener doucement l’attention de l’enfant vers une autre possibilité
  • Utiliser l’humour
  • “Je le vois que tu as de la peine”
  • “Je comprends que ça te fâche”
  • “Je peux t’aider quand tu seras prêt”
  • “Je sais que c’est difficile pour toi”
  • “Je suis là”
  • “Je vois que tu es en colère”
  • “Est-ce que tu veux que je te prenne dans mes bras?”
  • “Je sais que tu voulais …, je comprends que c’est difficile pour toi que je te dise non.”
  • “Est-ce que je peux faire quelque chose pour t’aider?”
  • “Tu aurais aimé que je dise oui, je sais, je comprends”
  • “Je sais que tu aimes décider. C’est toi qui voulais choisir

En plus d’offrir un modèle, que l’enfant utilisera lui-même avec ses pairs, ces phrases et ces gestes peuvent permettre à l’enfant de retrouver le calme. Avec des essais et des erreurs on finit par trouver ce dont l’enfant a besoin, ce qui l’apaise lui, dépendant de sa sensibilité. Ça peut être plus ou moins long. Mais souvent ça passe plus vite que l’on peut le penser. Et souvenez-vous, ça passe TOUJOURS. Et d’une fois à l’autre le besoin de temps sera différent parce que la charge émotive va varier en fonction de la fatigue ou du stress accumulé.

C’est le temps de pratiquer son empathie, sa patience et sa présence. Je remercie les petits humains pour ça! Je grandis aussi.

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Mélanie Chartrand

À propos de l'auteur / Mélanie Chartrand

Éducatrice en petite enfance, Mélanie Chartrand est mère de deux adolescentes qui fréquentent maintenant la polyvalente après plusieurs années d'école à la maison. Passionnée par l'éducation, soucieuse de se perfectionner et d'évoluer en tant que personne, elle retourne aux études en 2017 et obtient un certificat en soutien pédagogique en milieu de garde (UQAM). Elle travaille depuis plus de vingt ans auprès des 0-5 ans, une clientèle qu'elle connaît bien puisque c'est la garde en milieu familial qu'elle privilégie avec la richesse du multiâge. Elle prend la vie avec philosophie. Artiste dans l'âme, elle s'adonne à la peinture dans ses temps libres et s'intéresse de plus en plus au domaine de l'art visuel.

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