Le paysan rebelle

« C’était au début des années 1980, et j’avais décidé pour la première fois d’emmener mes élèves – étudiants en sommellerie à l’École hôtelière des Laurentides, à Sainte-Adèle – pour qu’ils puissent comprendre sur le terrain, comme j’allais le faire tout au long de ma carrière. Direction le domaine des côtes d’Ardoise à Dunham. J’avais entendu parler du vigneron, Christian Barthomeuf, et ce fut le début d’une longue relation, et pourquoi ne pas le préciser, d’une réelle complicité. Je me souviendrai toujours de cette première : je découvrais quelqu’un, affublé d’un patronyme original, qui avait travaillé dans le monde du cinéma dans les années 1970 dans le sud de la France à Montpellier et qui était devenu, à son corps défendant, un des pionniers de la viticulture contemporaine au Québec. Enthousiaste, sympathique, visionnaire et attachant, il n’avait déjà pas la langue dans sa poche, et c’était très bien ainsi. Mes élèves avaient apprécié aussi.

Un bon 30 ans plus tard, il dérange toujours, car il dit ce qu’il pense, le plus souvent avec humour, et son propos est habituellement pertinent, pour ne pas dire percutant… »

Ce texte est extrait de la préface que j’ai signée (Laure Waridel et Véronique Rivest ont aussi été mises à contribution) pour un tout nouveau livre AUTOPORTRAIT D’UN PAYSAN REBELLE, qui vient de sortir aux Éditions du Passage.

Photo : Julie Orhon

À cause de nos racines et expériences communes, j’ai beaucoup aimé le premier tiers du livre dans lequel Christian raconte son enfance et sa jeunesse, et ce qui l’a amené, sans qu’il s’en rende compte au début, à personnifier sur son domaine, le Clos Saragnat, le paysan rebelle qu’il est devenu.

Mais la suite est tout aussi passionnante. Il raconte sans détour, et dans un style fleuri d’expressions colorées, comment, sur le terrain de son Québec adoptif, se sont forgées par une observation acharnée de la nature, leurs convictions pour une culture fondamentale. Avec sa compagne Louise Dupuis, ils en précisent les fondements par ces mots : « C’est une approche sauvage, naturelle, responsable, éminemment écologique, mais avec l’organisation nécessaire à sa rentabilité. »

Il est important de savoir, et on en découvre les coulisses en lisant ce livre dont le sous-titre est Une histoire de pommes, de vin et de crottin, que si l’ami Barthomeuf a créé le domaine des Côtes d’Ardoise en 1980, tout près mais avant le vignoble de l’Orpailleur, puis beaucoup plus tard, celui de la chapelle Sainte-Agnès à Sutton, il est connu pour être le créateur du cidre de glace avec sa cuvée Pomelière. C’est ainsi qu’il contribuera au succès des cidreries La Face cachée de la Pomme et le Domaine Pinnacle.

Image : Julie Orhon

Où trouver les cidres et les vins du Clos Saragnat?

Dans de nombreux points de vente (épiceries) et en ligne (www.saragnat.com), on peut acheter les cidres de glace et les cidres fermiers, ainsi qu’à la SAQ, qui propose, quand il est disponible, un vin particulier appelé Paille, élaboré avec le cépage Geisenheim. On peut actuellement se procurer le fameux cidre de glace Avalanche 2016 (Code SAQ: 11133221 –  27,40$ le 200 ml), un savoureux nectar biologique à la robe ambrée, doté d’un degré d’alcool peu élevé, inversement proportionnel à un haut taux de sucre résiduel (environ 250 g par litre), et d’une longueur en bouche étonnante. Idéal avec une tarte Tatin.

Autoportrait d’un paysan rebelle (Éditions du Passage), un livre de Christian Barthomeuf, avec la collaboration de Julie Aubé; photographies de Virginie Gosselin, en librairie le 5 août.

Jacques Orhon

À propos de l'auteur / Jacques Orhon

Sommelier et fondateur de l’Association canadienne des sommeliers professionnels. Expert en dégustation et véritable globe-trotter du vin, il parcourt depuis plus de 40 ans les vignobles du monde. Ses ouvrages ont maintes fois été récompensés, notamment, Le vin snob, du prix en littérature de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin.

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